INTERVIEW DE SIMON ASTIER (HERO CORP)


Par Audrey Oeillet et Arnaud Doucerain, réalisée le 3 juillet 2010

Dans la famille Astier, je demande Simon, créateur, acteur et scénariste de Hero Corp, série française qui raconte les aventures de super héros aux pouvoirs quelques peu originaux… A l’occasion du Comic Con 2010, Simon Astier s’est confié à nous. L’occasion de savoir ce qui a bougé depuis notre première interview de lui.


Simon, bonjour ! La seconde saison d’Hero Corp commence sur les chapeaux de roues et casse rapidement les codes instaurés dans la première saison, notamment en explorant de nouveaux lieux et en installant un climat plus sombre, plus complexe. Vous pouvez nous expliquer ces choix ?

Ce n’était pas nécessairement pour casser les codes, mais plus pour accélérer la série. Hero Corp raconte l’histoire de ses super héros qui ont arrêté, et comment ils vont redevenir des grands. Du coup, il fallait démarrer la saison 2 en donnant un coup d’accélérateur, augmenter la tension, les enjeux… Donner le ton pour une nouvelle saison plus pêchue.

D’où un fil conducteur plus présent dans la saison 2 que dans la saison 1. A ce sujet, on note également la présence de cliffhangers très marqués…

Personnellement, dès le début je voulais faire ça. Mais le problème, c’est qu’à la télé française, on a l’impression qu’on insulte les gens en leur proposant ça… Mais en les travaillant au corps, j’ai obtenu le droit de faire des cliffhangers comme je le voulais. Ca a été difficile. C’est aussi ce qui fait que le début de la première saison est un peu mou, parce qu’on a du enlever tous les cliffanghers, et poser les fins d’épisodes au début des épisodes suivants. Ce qui a finalement restructuré entièrement la saison.

Mais pour la saison 2, avant même de l’écrire, j’ai expliqué que la série gagnerait en usant et abusant des cliffhangers, à mort ! J’adore moi-même, en tant que spectacteur, me faire avoir par un cliffhanger.  C’est une super sensation. Je voulais en écrire aussi, je me suis battu pour, et j’ai fini par obtenir ce droit pour la saison 2 qui est, je pense, mieux équilibrée, avant des intrigues et des enjeux mieux mis en avant.

Et une telle séparation entre les deux saisons ne risquent pas de perturber les spectateurs ?

Je pense que les gens qui aiment Hero Corp ne se sont pas embourgeoisés à ce point-là (rires). Je pense que quand on aime la série, on aime aller chercher des choses nouvelles. Pour la première saison, je pense que les gens ont plus aimé qu’une telle série existe dans le paysage audiovisuel français, que la série elle-même. Et avec la saison 2, je pense que les gens se sont vraiment mis à aimer la série.

Et je pense donc que ça serait dommage, à la fin d’une saison, de ne pas s’interroger sur les façons d’amener la série plus loin, surtout pour Hero Corp qui est une vraie série expérimentale. On propose au gens autre chose, par le biais d’une autre manière de faire de la télé. Une manière que l’on a nous-mêmes découverte en faisant la série. Ca aurait été dommage de camper sur les bases de la première saison que l’on aimait plus vraiment uniquement parce que c’était comme ça, et qu’il ne fallait pas changer. Du coup on a changé plein de chose, le logo, l’habillage… C’est une expérience permanente.

Le générique de la série est par ailleurs plus long dans la saison 2 que dans la saison 1, ce qui va à contre-courant de ce qu’on l’habitude de voir aujourd’hui, la tendance étant plutôt au raccourcissement extrême du générique pour gagner du temps pour l’épisode.

Le générique de la série est très important, il place les bases de l’univers, l’ambiance comics, et il se termine par la première image de l’épisode en version BD. Dans la saison 2, il est plus long parce qu’il y a plus de choses à introduire. Et puis personnellement, gagner du temps ne m’intéressait pas vraiment, tout simplement parce que je n’avais pas plus de budget, on ne pouvait de toute façon pas tourner plus.

Pour rester dans l’aspect graphique de la série, vous aviez évoqué lors de notre précédente interview un projet de bande dessinée autour de Hero Corp. Qu’en est-il ?

Nous venons de signer avec l’éditeur Soleil. Je vais donc commencer à écrire le scénario prochainement. La BD racontera la genèse de la série, la vie des super héros lorsqu’ils étaient en activité. Les principaux personnages seront les parents de John. Ca va être une autre manière de raconter Hero Corp, c’est prévu depuis le début même si c’est long à mettre en place.

Le thème des super héros fait immanquablement penser à Heroes qui est une série qui a cartonné ses dernières années…

Je n’ai jamais été très fan de Heroes, j’avais bien aimé la première saison mais ça s’est arrêté là… Mois ce que j’aime chez les super héros, c’est le côté fantastique très « racé », typiquement ce qu’a fait Burton de Batman, par exemple. Je suis beaucoup moins sensible au Spiderman de Raimi, par exemple, parce que je trouve ça trop réaliste. J’aime quand l’histoire se déroule dans un autre monde, et Heroes… J’ai trouvé que ça manquait d’humour, que c’était trop premier degré, trop sérieux. J’aime sentir que le mec qui écrit l’histoire à de l’humour, c’est une forme d’intelligence  et j’y suis plus sensible. Par exemple, je préfère Lost à Heroes ou 24, je trouve qu’on ressent plus l’humanité des gens qui écrivent Lost, c’est plus inventif. On ressent moins des bases bétonnées et inébranlables, on sent l’inventivité.

Le personnage de John évolue beaucoup dans la saison 2. Vous savez précisément où vous allez avec ce personnage, et avec la série en général d’ailleurs ?

Dès le début avant d’écrire la série, je savais comment l’histoire allait se terminer. Il fallait, parce qu’au final tout ce dit, tout ce qui se passe à un sens… J’aime bien les petits détails, qu’on se pose des questions, des théories sur la série. Je suis tellement heureux que l’on s’interroge comme ça sur Hero Corp, je pense que ça prouve que j’ai réussi une partie du travail.

Donc oui, je sais où ça va, ce que je ne sais pas c’est si Hero Corp va continuer à exister sous sa forme actuelle. Sa continuera d’exister de toute manière, car on a un public qui nous suit, mais on ne sait pas encore comment. Mais l’histoire sera racontée, ça c’est sur.

Un grand merci à Simon Astier pour son temps et sa disponibilité, ainsi qu'à l'agence La Boîte Com.