INTERVIEW DE HERVÉ HADMAR & MARC HERPOUX(LES OUBLIÉES)


Par Elise Petter

les oubliées
Alors que la diffusion de la série se termine en France, les DVD seront très bientôt disponibles en boutique ! A cette occasion, nous vous proposons une interview exclusive des créateurs de la série. Bonne lecture !

 

Comment est née l’idée de cette série ?

Hervé Hadmar : « Les Oubliées » sont nées d’une constatation : dans certaines affaires criminelles ; par exemple celle du Zodiac, magnifiquement explorée dans le dernier film de Fincher, il y a un homme ou une femme (un journaliste, un juge, un procureur, un flic…) qui s’immerge dans son enquête jusqu’à l’obsession ; jusqu’à se mettre en danger, à la fois dans sa vie professionnelle et dans sa vie personnelle. Jusqu’à mettre en danger sa propre santé mentale.

Marc Herpoux : Notre première motivation a donc été d’inventer une affaire de toute pièce, et de raconter l’histoire d’un homme, Christian Janvier, un type totalement habité, obsédé par son enquête. L’affaire « des oubliées » est là, dans sa vie depuis plus de quinze ans. Où sont passées celles qui ont disparues ? Où se cache celui qui a fait ça ?…

Hervé Hadmar : Six disparues, six épisodes, une seule enquête, un seul coupable…

Quelles ont été vos inspirations, vos modèles dans les autres productions (télévisuelles ou pas) ?

Hervé Hadmar : Il n’y a pas véritablement eu de « modèle ».

Marc Herpoux : Nous sommes depuis des années de très gros consommateurs de séries ; quasiment exclusivement anglaise ou américaines. Nous aimons et dévorons Les Soprano, The Wire, Carnivale, Lost, 24, Six Feet Under, Dexter… nous avons une culture série et cette culture s’exprime forcément dans notre travail.

Hervé Hadmar : Ensuite, quelles influences pour « Les oubliées » ? Tout d’abord, nous avons beaucoup réfléchis en amont et nous nous sommes posé pas mal de questions : « Pourquoi ne regardons nous jamais de fiction française ? » « Quelle genre de série peut-on faire aujourd’hui en France pour qu’on y croit » ? « Quelle lumière ? », « Quelle musique ?»

Marc Herpoux : L’erreur aurait été de vouloir faire : « Un Soprano à la française » ou un « Grey’s Anatomy à la française ». Ca ne marche pas, on n’y croit pas. Tout de suite, notre logique a été de se dire : nous allons raconter l’histoire d’un homme habité par une enquête et cette enquête se passera en province. Ce ne sera pas une série d’action ; ce sera une série psychologiquement trouble, hypnotique, parfois nonchalante... N’allons pas chercher nos influences de l’autre côté de l’atlantique ; restons chez nous, explorons ce qui fait notre culture et notre histoire.

Hervé Hadmar : Quelle est notre culture « polar », en France ? D’où venons-nous ? Simenon, Chabrol…voilà notre culture ; voilà nos influences (D’ailleurs, un des principaux adjoints de Maigret ne s’appelle t-il pas Janvier ?). Evidemment, après, il s’agit d’adapter cette culture aux codes visuels d’une « série moderne ». S’il y a une influence internationale, elle est dans la manière de filmer ; dans la direction artistique, la musique… dans la forme, pas dans le fond. C’est notre réponse : pour qu’on y croit, le fond de la marmite, il doit venir de chez nous, les gaulois.

Le héros de la série – Janvier – est un personnage assez particulier. S’est-il imposé de lui-même ou construit au fur et à mesure de l’histoire ?

Hervé Hadmar : Christian Janvier est à la base de l’intrigue, à la base de la série : nous ne le quittons jamais ; nous explorons son cerveau, sa mémoire, ses troubles… « Les Oubliées », c’est une exploration mentale. Alors oui, bien entendu, il s’est imposé dès le départ.

Marc Herpoux : Le personnage de janvier, c’est l’identité de notre série. Il en est le véritable sujet : « Mais qui est ce type ? ». Tout était dans le concept même, dans l’écriture. Ensuite, Jacques Gamblin a travaillé avec nous… il a amené son métier, sa créativité, il s’est mis au service de son personnage. Des gestes, des attitudes, des regards… qui font qu’on y croit.

Hervé Hadmar : Quelquefois, il y a des choses qui émergent petit à petit. Des choses que l’on règle au montage par exemple ; des nuances  ou des effets. Chaque étape de fabrication affine le propos, affine le personnage ; pour « les Oubliées », chaque décision artistique devait rendre toujours plus cohérent le comportement de Janvier. Notre obsession a toujours été la plus grande crédibilité possible.

Pourquoi avoir choisi de faire une série plutôt qu’un film ou un téléfilm ? Quels sont les avantages et les inconvénients d’un tel format ?

Hervé Hadmar : Nous venons tous les deux du long métrage, et vraiment, nous avons pris un immense plaisir à écrire cette série. Fabriquer un long métrage ou fabriquer une série sont quasiment deux métiers différents.

Marc Herpoux : L’écriture n’a rien à voir, la façon de penser la mise en scène non plus.

Hervé Hadmar : Quand on écrit une série, il faut penser une histoire dans son ensemble, comme pour un long métrage, mais ensuite il faut penser chaque épisode individuellement, en trouver le rythme. Chaque épisode devient comme une petite histoire dans la grande ; chaque épisode doit séduire, donner envie de revenir la semaine d’après. On n’a pas se problème avec un long métrage. Une fois que le générique est tombé, c’est finit, on a donné ce qu’on avait à donner. Dans une série, ce n’est pas le cas. Il faut légèrement frustré le spectateur… mais pas trop, sinon il se lasse ; y a un dosage à trouver, un équilibre…

Marc Herpoux : L’avantage dans la série, c’est l’exploration psychologique des personnages, le développement d’une intrigue sur 6, 8 ou12 heures…Ce qu’on ne peut pas faire avec un film.

Hervé Hadmar : Le cinéma, aujourd’hui, est de plus en plus un tour de manège : un beau manège, brillant avec pleins d’effets spéciaux ; un tour de manège spectaculaire… La série se place sur un autre terrain : nous retrouvons chaque soir nos héros préférés, nous explorons leurs vies ; nous apprenons à les connaître, à les apprécier…

Marc Herpoux : Dans la série, il y a cette notion de « rendez-vous ». Quand on aime une série, c’est comme « un rendez-vous amoureux ».

Hervé Hadmar : Pour « les Oubliées », nous ne pouvions simplement pas raconter cette histoire en 90 minutes. Pas assez d’espace, pas assez de temps pour installer notre atmosphère.

Marc Herpoux : Les inconvénients de la série ? : six épisodes, c’est deux ans de travail, 24h sur 24h.

Une suite est-elle envisageable ? Si oui, prendriez-vous une orientation totalement différente ?

Hervé Hadmar : La première saison a été écrite en sachant ce qui se passerait si une saison 2 voyait le jour. Alors, la réponse est oui, elle est envisageable… mais pas tout de suite. Nous avons deux autre séries en projet : « Pigalle » pour canal + et « Signature » pour France 2.

Marc Herpoux : La suite des Oubliées ? Janvier et Ducourt sur une nouvelle enquête… même identité graphique, même direction artistique, avec un scénario et une intrigue un poil plus orientés suspense/action. Un vrai Thriller.

Les séries francophones ont généralement un peu de mal à s’imposer face aux productions américaines. Craignez-vous que votre série soit mal reçue par le public français ou qu’elle soit comparée à des séries étrangères ?

Hervé Hadmar : Oui, mais cette comparaison est inévitable. D’ailleurs, nous préférons être comparé à Cold Case qu’à Julie Lescaut.

En quelques mots, qu'est-ce qui fait l’originalité de cette fiction ?

Hervé Hadmar : C’est un ton, un univers légèrement surréaliste qu’on explore peu – voir pas – à la télévision. C’est l’histoire d’un homme qui se perd dans son enquête, qui se perd dans sa vie de famille, dans son obsession, sa folie… Il finit par s’en dégager une certaine poésie – du moins on l’espère – une forme de mélancolie, des choses qu’on voit peu dans les séries américaine… et pas du tout dans les séries françaises.