INTERVIEW DE CHRISTOPHER SMITH (LABYRINTH)


Par Audrey Oeillet, Arnaud Doucerain et Jérémie Pottier, réalisée le 6 juillet 2012

Christopher SmithKatie McGrath est une habituée du Comic Con Paris : elle était présente lors des deux précédentes éditions pour la promotion de la série britannique Merlin, dans laquelle elle joue le personnage de Morgane. Cette année, nous l'avons à nouveau rencontrée, mais pour parler cette fois-ci de la mini-série Labyrith dans laquelle elle interprête Oriane, un important personnage. Interview dans la joie et la bonne humeur !

Bonjour, pour commencer, pouvez-vous vous présenter, et nous parler de votre parcours, ce que vous avez fait avant Labyrinth ?

Mon nom est Christopher Smith, et avant de travailler sur Labyrinth, j'ai réalisé les films Creep, Severance, Triangle, et Black Death. Je travaillais sur un film pour Scott Free (la boite de production de Ridley et Tony Scott, NDLR), un projet - croyez le ou non - de film sur Noël, avec un Père Noël et sans dimension horrifique. Alors que je travaillais la dessus, on m'a fait parvenir un script basé sur le livre de Kate Mosse pour en faire une mini série de 3 heures, en 2 parties qui se passe pour une partie dans l'époque médiévale - ce qui le rapproche de Black Death -, mais qui comporte aussi une dimension de jeu avec l'espace temps, ce qui le rapproche de Triangle, donc je ne pouvais qu'aimer ça ! Alors les producteurs de Scott Free m'ont dit : "pourquoi ne rencontrerais-tu pas les gars de chez Tandem ?" et c'est comme ça que je me suis retrouvé dans cette aventure.

Votre film Triangle a remporté un prix lors d'un festival de film fantastique français...

Ah oui ? c'était à...

A Gerardmer !

J'ai vraiment gagné un prix ? Excellent ! C'est ce film qui n'a pas été distribué en France je crois. Je trouve ça triste car Triangle a couté pas mal d'argent, et donc les distributeurs ont du le vendre pour certaines sommes d'argent seulement, alors que pour moi c'est le film... Je trouve ça dingue car je pense que s'il ya bien un pays qui pourrait aimer ce film, c'est la France, alors c'est bizarre pour moi... Il est sorti en DVD ?

Oui, seulement en DVD.

Vous avez quand même la possibilité de le voir alors, c'est déjà ça.

Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans Labyrinth ?

Comme je le disais avant, je travaillais sur un projet avec la compagnie de Ridley Scott, Scott Free. Ridley Scott avait beaucoup aimé Black Death alors nous avions commencé à développer ce projet pour le cinéma ensemble. Puis les producteurs sont venus vers moi avec un nouveau script, en me disant "lis-le, ça ressemble beaucoup à ce que tu aimes faire, il y a deux temporalités, l'une moderne, l'autre dans le passé, plus exactement à l'époque médiévale". Ils avaient beaucoup aimé le travail que j'avais fait sur Black Death. J'ai donc essayé de retranscrire cette atmosphère pour le format TV, mais c'est très étrange, car de tout mes travaux, c'est probablement ce que j'ai fait de plus cinématographique. Même si c'est un format télé, on ne le ressent pas comme tel, nous l'avons fait très intense, épique.

Est-ce qu'il est plus facile de réaliser une mini-série qu'un film, en termes de liberté d'adaptation ?

Ah, le cinéma versus la télévision ? Et bien pas vraiment, car ce sont en réalité deux films d'une heure trente chacun. Cela fait donc 3 heures au total, mais chaque partie dure une heure trente, j'avais donc l'impression de réaliser 2 films et je n'ai pas vu de grande différence. Je me suis simplement dit : "ok, alors tu as une histoire de 3 heures à faire, et deux parties pour y parvenir". Mais je ne l'ai pas conçu comme un tout, comme un grand film en deux parties car chaque moitié sera montré un soir différent. Donc chaque film, chaque partie si vous voulez, devait finir avec un climax, pour vous donner envie de voir ce qui allait suivre. Et je pense que tout le cinéma est ainsi fait, notamment les films d'horreur pour adolescents, ils sont construits selon un crescendo dramatique et puis il y a une seconde partie, après, vous avez Nightmare on Elm Street 2 (La revanche de Freddy, chez nous, la suite des Griffes de la nuit). Donc pour ce projet je me suis un peu senti dans ce modèle, je me suis inspiré du duo Le Parrain 1/Le Parrain 2. Les deux films sont relativement différents, et pourtant ils ont les même personnages. Nous avons donc essayé de développer deux parties relativement indépendantes. Le deuxième segment de Labyrinth est beaucoup plus surnaturel et... métaphysique que le premier. Le premier est plus proche d'un thriller. Pour le dire autrement ; la seconde partie peut tout à fait exister sans la première !

Vous connaissiez le livre avant de vus engager sur ce projet ?

Non, j'ai vu le livre dans une librairie, mais je ne l'avais jamais lu. Mais j'aimais regarder ce livre pour deux raisons. La première, ce qui m'a tout de suite frappé, c'est que c'était un livre écrit par Kate Mosse, et je me disais "le top model Kate Moss ?" (rires) et vraiment j'étais surpris : "Sérieusement, Kate Moss a écrit un livre ?" Mais ce n'était pas cette Kate Moss. Donc voila la première raison. La seconde raison, c'est que j'aimais beaucoup la couverture, le design, ainsi que la dernière de couverture, je trouvais cela joli. Mais hormis cela je ne l'avais pas lu. Puis on m'a fait parvenir un exemplaire du livre au moment où on m'a proposé le script, pour que je puisse le lire en amont, et j'ai beaucoup aimé cette idée de deux femmes à deux époques, mais d'une certaine façon liées, et l'idée de montrer ce lien comme si elles étaient une même personne ou alors issues d'une même descendance.

Tout cela a été écrit dans une période proche de Dan Brown et de sa période sur le Saint-Graal. Kate Mosse a abordé le sujet du Graal d'une façon très différente, basé plus sur des faits historiques que par la fiction, si vous voulez. Ce qui était le plus intéressant dans le Da Vinci Code de Dan Brown, ce n'était pas l'intrigue, qui était stupide, mais tout l'aspect historique autour du Christ. Dans Labyrinth, le but de Kate Mosse est de proposer un récit crédible, tangible du point de vue des faits historiques, basés sur de vrais personnages de l'histoire française, et elle y a ajouté une dimension surnaturelle avec la mythologie qui est liée à cette histoire. Il ya donc cette idée d'opposition entre deux clans avec cette idée que le Graal avait été volé à cette époque. Elle a fait d'un récit factuel une histoire fantastique, si vous voulez.

Vous avez donc découvert le livre quand vous avez intégré le projet, est-ce que vous avez participé au casting, est-ce que vous aviez des idées d'acteurs ?

Oui, j'étais très impliqué dans l'ensemble des aspects de ce projet. Mais il y a une légère différence entre la télévision et le cinéma, et cette différence est liée au fait que la télévision est un média mené par des producteurs alors qu'un film est un media qui peut être plus orienté par le réalisateur. Heureusement, les producteurs de Scott Free souhaitaient vraiment avoir ma vision et mon empreinte sur Labyrinth. J'ai donc été très impliqué sur le casting, même s'il y a toujours cet aspect lié à la coproduction, avec des financements qui proviennent de différents pays impliqués dans le projet, qui t'oblige à te demander qui est la star Italienne pour le marché Italien, qui va marcher en France, etc. Je ne peux que caster sur un point de vue artistique, mais il faut aussi avoir l'œil sur qui est une star dans tel pays, etc. Alors quand John Hurt a intégré le projet, c'était une grande joie de travailler avec lui, j'étais vraiment heureux.

L'année dernière, nous avons vu Katie McGrath (l'actrice qui joue Oriane dans Labyrinth, NDLR), venue parler d'un autre projet, et nous l'avons trouvé très proche du scénariste et de l'équipe du film.

Oui je sais, elle aime tout le monde n'est-ce pas ? (rires) Kate est adorable. Avant, elle travaillait dans le département des costumes, donc elle a été de l'autre côté de la caméra. Du coup elle n'est pas comme ces stars qui deviennent des divas, elle se démarque des autres et ne se comporte pas comme les autres actrices ou stars. Elle se fiche complètement d'être en classe économique dans l'avion ou le train, elle s'en moque réellement. Donc oui, c'est une personne adorable. C'est dommage qu'elle ne soit pas la aujourd'hui ! Mais vous la verrez demain je crois.

Elle a dit qu'elle aimait jouer des personnages diaboliques. Etait-ce aussi le cas pour Labyrinth ?

Sa performance est différente, vous verrez plus de vulnérabilité en elle. Dans Merlin (où elle tiens le role de Morgane, NDLR), l'esprit est plus axé "c'est la méchante, lui le gentil", ici on est plus dans le "il y a du bon et du moins bon en chacun de nous". Dans Labyrinth, elle a plusieurs fois l'occasion d'être horrible, mais vous comprenez pourquoi, alors vous avez une forte sympathie pour elle, puis vous la détestez à nouveau ! ce n'est pas qu'une "méchante", même si elle reste une "méchante".

Pouvez-vous nous raconter comment s'est passé le tournage en France, car une partie de la série a été tournée à Carcassonne ?

C'était incroyable ! J'ai toujours été un grand amateur du cinéma français donc à chaque fois que je travaillais avec une équipe différente, j'étais comme... Waouh ! Et travailler avec l'équipe française m'a vraiment permis de sentir qu'on allait arriver à le faire. J'ai travaillé avec des équipes allemandes, anglaises, australiennes, et d'un seul coup je me croyais dans un film de Jean-Luc Godard. Donc j'ai beaucoup apprécié de travailler avec eux et travailler à Carcassonne était génial ! Ce n'était pas comme d'habitude. En général, ce qui arrive, c'est que tu construis un décor dans un studio, et ensuite tu fais quelques prises de vue. Mais Carcassonne est un endroit vraiment fantastique, l'un des plus fantastiques que l'on puisse voir dans sa vie, donc nous avons voulu y mettre le plus de personnes réelles possible, et utiliser ce décor naturel autant que possible. Car quand tu sais que c'est un plateau, un décor, je pense que ça ne peut que nous faire sortir du film.

Nous voulions qu'en regardant ce film les gens ressentent la crasse dans ce film comme si c'était réel. D'ailleurs, les gens sur le tournage ne prenaient pas de bain, pas du tout. Quand vous avez une coupure sur la jambe, il faut pouvoir croire et faire croire qu'il peut y avoir une infection, sinon ça n'a pas d'intérêt. Donc même s'il y a un trucage, que la crasse n'entrait jamais vraiment dans les plaies, nous voulions vraiment que ça ai l'air sale, un peu comme dans ce film français que j'aime beaucoup, quel est son nom déjà... La Reine Margaux, assez sale ! Voila de quoi nous voulions que ça ai l'air : sale, poisseux. Le personnage principal, qui était très sexy le premier jour, a fini avec les cheveux gras sur le tournage. Les réactions ont toutes été les mêmes lors du visionnage des shoots : "Mon dieu, il est dégoutant !" et je répondais "Mais... c'est de ça qu'il aurait l'air s'il avait vécu à cette époque". Mais quand je l'ai vu il avait vraiment l'air très sale, alors nous avons commencé à le nettoyer un petit peu, lentement, pour qu'à la fin il n'ai pas l'air propre mais n'ait pas non plus l'air trop repoussant.

Comment était-ce de diriger un acteur aussi célèbre que John Hurt ?

On n'est pas vraiment dans l'esprit de "diriger" avec quelqu'un comme John Hurt. Ce n'est pas comme travailler avec des acteurs inconnus ou de vrais personnes. Tout ce qu'il fait est brillant, et tout ce que tu as à faire, c'est lui donner des indications et cela fonctionne. Je me sentais un peu comme un manager de foot : il ne joue pas au football, mais pour autant comment parle-t-il pour faire en sorte que le joueur soit meilleur dans ce qu'il fait ? Tout ce que tu as à faire, c'est lui dire comment tu vois la scène et lui donner quelques précisions sur ce qu'il doit faire ou ne pas faire, où il doit aller durant la scène. Par exemple, tu lui dis : tu entres par la, tu t'assois ici, tu parles au personnage. Bref tu lui dis comment tu vois la chose, ce que tu as en tête. Puis John entre, fait son truc, et c'est parfait ! Alors on demande éventuellement "est-ce qu'on peut la refaire avec un peu plus d'énergie ?", par exemple. Et John fait ce qu'il a à faire... Et c'est à nouveau parfait ! Tout ce qu'il fait marche. Et comme il ne veut pas avoir à le refaire encore, et encore, et encore, il attend de toi que tu saches ce que tu veux, où tu veux aller. Donc quand tu travailles avec des acteurs de ce calibre, ce n'est même plus un problème de type "je ne crois pas à cette scène", mais plutôt un petit piège du type "Je crois totalement à ce que je viens de voir, et je peux encore l'avoir de 20 manières différentes, de quelle manière je la veux vraiment ?" Donc c'est excellent de travailler avec lui car il est vraiment très doué.

Pour terminer, pouvez-vous nous donner une bonne raison de regarder Labyrinth ?

Une bonne raison ? La raison pour laquelle je suis le plus fier de Labyrinth, c'est que, à la manière du livre, nous proposons une approche qui mélange le fantastique et des faits historiques bien réels, avec également une approche réaliste. C'est très rare de nos jours car dans tout type de récit fantastique, toutes les épées deviennent soudainement aussi maniables que des sabres de samouraï, alors que tout le monde sait qu'elles sont lourdes, peu maniables en réalité. Donc ce que nous avons voulu faire, c'est montrer comment cela se passait réellement dans cette époque médiévale et le mixer avec une touche fantastique liée au Saint-Graal. Quand vous regardez Labyrinth, vous avez vraiment l'impression que c'est réel, un fort sentiment de réalisme et en même temps on est bien dans un récit fantastique. C'est pour cela que j'aime cette histoire et que je la recommande.

Merci Christopher !